Enterprising solutions to poverty

Afrique : The Big Issue South Africa

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Q: Comment décrirais-tu la situation des sans-abri en Afrique du Sud ?

Le niveau élevé du chômage en Afrique du Sud a créé un nombre énorme de sans-abri et une pauvreté rampante. Le chômage, l'absence de logement, un logement et un accès insuffisants aux équipements de base, y compris aux services médicaux et à l'éducation, constituent les principales menaces à l'intégration sociale en Afrique du Sud.

Entre 30% et 40% de la population économiquement active n'a pas d'emploi ou a abandonné la recherche d'emploi. L'aspect le plus marquant de notre index de développement social au niveau national est que, en dépit de notre richesse abondante, de l'assurance de nos ressources naturelles, et de talents individuels qui se manifestent dans un certain esprit d'entreprise, jusqu'à 50% de la population vit au-dessous du seuil de la pauvreté.

Notre force de vente au Cap comprend essentiellement des chômeurs à long-terme parlant le Xhosa, vivant dans des townships (bidonvilles), venant de zones où les implantations se sont formées au hasard. Il y a aussi un grand nombre de vendeurs qui vivent dans des foyers ou des abris de fortune, et un nombre un peu moins grand qui n'a pas de domicile fixe et qui vit dans la rue.

Bien que le taux de chômage total soit aux environ de 40% - essentiellement localisé dans des townships de fortune, comme dans la périphérie du Cap où vivent la plupart de nos vendeurs - ce taux peut atteindre 75% à tout moment. Beaucoup de nos vendeurs ont entre 20 et 30 ans ; ils quittent leur zone rurale pour venir au Cap afin de trouver du travail. Les services de base manquent, principalement l'accès à l'eau potable ou à l'électricité, et il y a beaucoup d'évictions ; ce sont de réels problèmes pour beaucoup de résidents de ces townships. L'impact du SIDA/HIV et de la tuberculose sur ces communautés est également extrêmement inquiétant.


Q : Qu'est-ce qui t'a amené à lancer un journal de rue ?

Il y avait un besoin grandissant d'adresser l'incidence toujours croissante du nombre de sans-abri et de chômeurs, et de faire connaître les dures réalités crées par la pauvreté et la déchéance, à un secteur de la société qui jusqu'alors, pour la plupart des gens, n'en avait pas été conscient et avait fui ces réalités.

Q : Quel impact a eu ton journal de rue ?

Une prise de conscience extraordinaire au niveau local des réalités du chômage et de la précarité ! De plus il a permis à plus de 11.000 personnes de gagner leur vie. On a gagné plus de 13 millions de Rands (env.1.180.000 euros /13R = 1.18Є) depuis nos débuts en 1996. Durant cette période, des milliers de vendeurs ont bénéficié de notre travail social, du soutien que nous leur apportons, et de nos programmes de développement et de formation. Beaucoup d'entre eux se sont maintenant dirigés vers un secteur d'emplois plus conventionnels. C'est avec succès que nous avons fait pression sur la législation qui affecte les droits des chômeurs démunis.

Q : Quelle influence la situation politique, économique et sociale de ton pays a-t-elle sur ton journal de rue ?

Le journal de rue The Big Issue South Africa a commencé par servir un petit groupe de "gens de la rue". Avec le niveau élevé de la pauvreté et du chômage en Afrique du Sud, ainsi que la lenteur du Gouvernement à livrer leurs "services", notre base de vendeurs s'est développée et a changé. Elle consiste maintenant en personnes démunies et au chômage qui vivent dans des cabanes situées dans des campements de fortune.

Donc, à part les opportunités de revenus générés qui ont permis à nos vendeurs d'acheter la revue, nous avons aussi dû adapter nos programmes de soutien et de développement pour répondre aux besoins de ce secteur. La philosophie de ce programme est de "lever la main" et non de "tendre la main". Elle s'efforce de créer des occasions pour obtenir des changements permanents et durables dans la vie de ces vendeurs.

Le HIV et le SIDA continuent à grever la cellule familiale de façon dramatique. Depuis 2004, le journal The Big Issue offre à ses vendeurs de participer à des ateliers pour accroître le niveau de leur prise de conscience de la question, et leur donner le pouvoir d'appréhender la notion SIDA/HIV. Le pourcentage des vendeurs à HIV positif est passé de 2% à presque 15% ; c'est pourquoi , pour nous, l'importance de ce genre de travail est sans cesse grandissante. Nous apportons un soutien à un certain nombre de familles où deux générations ont été affectées par le SIDA/HIV pour les aider à trouver des solutions économiques et durables pour leur avenir.

En 2002, nous avons monté l'opération Masiphatisane, qui a facilité aux femmes l'accès à nos projets et à leurs programmes. Résultat : c'est nous qui avons l'une des plus grandes proportions de femmes qui vendent des journaux de rues dans le monde (bien plus de 40%). Prendre des mesures concernant les conséquences de la violence fondée sur la discrimination sexuelle, et augmenter la prise de conscience du problème chez les vendeurs et les vendeuses sont devenus partie intégrante de notre travail.

Nous avons dû aussi ajuster le contenu de notre revue aux besoins de notre public de lecteurs car les Sud Africains deviennent de plus en plus conscients des conditions socio-économiques locales et de la situation critique des démunis. Ils sont également mieux informés sur les questions liées à la globalisation sociale, économique et écologique.

Q : Quelle direction penses-tu que ton journal de rue va prendre dans les cinq ans à venir ?

Pour le moment nous avons environ 400 vendeurs actifs ou semi-actifs. Notre plan stratégique sur trois ans (2008 - 2011) comprend des stratégies pour accroître la fréquence de notre revue (lancée en avril 2008) de façon à stabiliser le revenu du vendeur d'une semaine à l'autre. Ceci est particulièment important pour le grand nombre de vendeurs qui doit venir en aide à leur famille élargie. Nous envisageons aussi d'agrandir notre zone géographique d'action et d'atteindre davantage de communautés démunies aux alentours. Nous voulons augmenter le nombre de nos vendeurs, raffiner notre soutien social et augmenter les services que nous offrons à nos vendeurs en développant leurs compétences dans une plus grande variété de domaines, et faire fructifier le revenu gagné par l'organsation.

Notre objectif est de faire progresser 75% de notre force de vente -c'est à dire 75% de nos vendeurs, particulièrement les jeunes, les femmes, les parents uniques, ceux qui ont des compétences ou de l'expérience- vers un avenir de métier à long terme. Nous continuerons à travailler avec les 25% de nos vendeurs qui ont des perspectives réduites au niveau de leur avenir à cause de leur âge, de leur santé ou de leur handicap; nous continuerons à les aider à trouver des options appropriées pour survivre quand ils ne pourront plus vendre la revue.

Nous projetons d'inclure dans notre formation et notre développement un programme de formation de base plus vaste pour nos vendeurs, une participation accrue dans nos ateliers et une aide continue auprès de nos vendeurs pour qu'ils se prennent en charge, c'est-à-dire qu'ils puissent commencer avec nos projets, puis qu'ils puissent suivre une formation et profiter des opportunités qui leur donnent accès à un emploi ou leur permettent d'utiliser leur esprit d'entreprise.

Nous allons ausi nous efforcer de maintenir un pourcentage élevé de femmes pour vendre les journaux et nous assurer qu'elles aient à leur disposition les services procurés par notre projet et nos systèmes de soutien. Nous continuons à développer notre savoir-faire dans le domaine du travail social, nous nous assurons que de bonnes pratiques sont mises en place pour répondre aux besoins complexes de nos vendeurs/-euses et pour plaider leur cause.

Les vendeurs de The Big Issue sont parmi les membres les plus motivés et les plus auto-disciplinés de nos communautés marginalisées. Ce sont des gens qui ont des talents et des compétences mais dont le problème est le manque d'opportunités. Notre objectif est de leur apporter un soutien et de leur trouver des moyens de devenir des citoyens sud-africains à part entière et valorisés.